Les Pantoufles du Roi

Il était une fois…

 

Dans une contrée lointaine, un Royaume enchanté…

 

Au cœur de ce royaume verdoyant, peuplé d’elfes et de fées, dans un magnifique château, vivaient un Roi et une Reine.

 

Comme dans tous les contes de fées, qui commencent par « Il était une fois », tout aurait pu être merveilleux et dans le meilleur des mondes…

 

Mais voilà, le Roi n’avait qu’une obsession : collectionner les pantoufles. Il en avait de toutes tailles, de toutes couleurs et de toute beauté. De la savate à l’espadrille, de la babouche à la mule, et de brodequin en escarpin…Malgré tout, cela ne lui suffisait pas…

 

Dans tout le royaume et même au-delà, il espérait trouver la paire de pantoufles la plus rare qui soit. Et du matin au soir… Et du soir au matin… Le Roi ne vivait plus que pour cette seule et unique raison.

 

De toute une vie, il n’aurait pas assez pour porter toutes les pantoufles qu’il possédait déjà…

 

Pour l’aider dans sa quête, il avait mandé tous les chevaliers, laquais et autres valets, et même les cuisiniers. Il les envoyait aux quatre coins du Royaume, par delà les collines, par mont et par vaux. Mais, chaque fois, tous revenaient bredouilles, fatigués et fourbus… Car le Roi n’était pas satisfait de leurs trouvailles.

 

Pendant ce temps, la Reine se désespérait et s’ennuyait… La tristesse l’envahissait chaque jour davantage. Le Roi, trop préoccupé à sa tâche, ne lui accordait même plus la moindre attention. Et comme une fleur, qui se fane de n’être choyée, la Reine dépérissait un peu plus chaque jour. Elle n’en avait que faire des richesses et des bijoux, que le Roi pouvait bien posséder ou lui offrir. Celui –ci ne lui accordait même plus un regard ou une parole aimable, trop pris par la contemplation de sa collection.

 

On ne festoyait plus comme autrefois au château. De guerre lasse, tous avaient déserté la Cour du Roi. Ce dernier à la moindre occasion s’empressait de présenter sa collection de pantoufles à ses convives. Lassés désormais, par ce rituel ennuyeux à mourir, que le Roi ne manquait pas d’imposer à ses ouailles, tous un à un commencèrent à décliner ses invitations. Ils ne trouvèrent plus grand intérêt à la Cour du Roi, et la quittèrent peu à peu, les uns après les autres, pour n’y plus jamais revenir.

 

La Reine se sentait bien seule à présent. Plus âmes qui vivent pour lui faire la conversation, plus de gai luron pour lui entonner ses chansonnettes. Plus de clavecins, plus de cithares… Pas même le Fou du Roi, pour la distraire de ses gaudrioles, n’était resté au Palais.

 

Elle regrettait amèrement le temps où le Roi n’était alors que Prince, et l’emmenait souvent danser au Pays des Elfes et des Fées.

 

C’est ainsi que jour après jour, la tristesse gagnait la Reine. Elle souffrait de Mélancolie murmurait-on aux portes du Palais.

 

Le Roi voyant la Reine dépérir, et craignant avant tout (plus pour lui-même), qu’elle ne soit atteinte d’une quelconque maladie incurable et contagieuse, décida de l’enfermer dans la tour d’ivoire du Palais.

 

Il envoya cependant quérir les meilleurs apothicaires du Royaume, qui se rendirent au chevet de la Reine. Leurs breuvages et potions ne purent rien contre le mal dont souffrait la Reine

 

Et le temps s’égrena ainsi… Le Roi à sa quête… La Reine à sa tour… Miette après miette…

 

Finalement, il s’avérât que la Reine ne manquait point de ressources, puisque celle-ci reprit lentement goût à la vie. Par la lucarne de sa tour, elle sentait à nouveau les rayons du soleil, lui chauffer la peau. Les oiseaux lui tenaient compagnie et lui chantaient leurs plus belles rengaines. Quelle douce musique à ses oreilles !

Quel émerveillement de découvrir chaque nouvelle Aurore, la vue splendide des plaines verdoyantes et d’assister à chaque coucher de soleil.

 

Parfois même, la nuit, les Elfes et les Fées, qui ne l’avaient pas oublié, venaient lui rendre visite et lui conter les aventures qui se passaient par delà les collines du Royaume.

 

Et le temps continuait à s’égrener, miette après miette….

 

Au fil du temps, les cheveux de la reine eurent amplement le temps de pousser… Sa chevelure  était resplendissante de boucles d’or, dans lequel le soleil se reflétait. Il faut dire que la Reine, depuis maintes années, passait la plupart de son temps, à peigner sa douce chevelure, qui semblait à présent parée de fils de soie.

 

Les Elfes et les Fées de toutes contrées, entendirent parler de l’incroyable et resplendissante chevelure de la Reine, qu’il n’avait jamais été donné de voir dans aucun pays enchanté, jusqu’alors.

 

Conquis par la Belle et son cœur pur, les elfes lui proposèrent de devenir la Reine des Fées. Cette dernière, souhaitant plus que tout s’enfuir du Palais, où elle n’avait plus rien à espérer, si ce n’est vieillir seule et désenchantée, accepta leur offre.

 

Les elfes la dotèrent d’une paire d’ailes, et la Belle s’enfuit à tire d’ailes. Elle quittât sa geôle pour se retrouver dans l’herbe encore humide de la rosée du matin. Sans se retourner, elle partit en compagnie des esprits de la forêt vers son nouveau domaine…

 

Pendant ce temps, le Roi toujours accaparé par sa collection de pantoufles, ne s’était rendu compte de rien… Oh, il passait bien de temps à autre, rendre visite à la Reine, mais il comptait son temps. Quelques miettes, quelques miettes…

 

Un beau jour, le Roi, lassé de sa propre convoitise… abandonna son inutile collecte. Les pantoufles entassées de toute part, le souffle commençait à lui manquer. Et le temps à filer, à filer…

 

Il se souvint de la reine, et eut soudain envie de lui tenir causerie et de lui accorder à présent, plus de temps qu’autrefois. Avec bien du mal, du fait de son âge, il gravit les marches qui menaient à la tour. Et lorsqu’il ouvrit la porte, il découvrit une pièce vide… Il resta sur le seuil, étonné.

 

La Reine était partie, il a de nombreuses années déjà. Et le temps avait filé inexorablement. Et le Roi n’avait pas vu passer toutes ces années perdues…

 

A présent, il était très vieux, il marchait parfois sur sa très longue barbe grise, qui traînait jusqu’à terre.

 

Le Roi ne sut jamais ce que la Reine était devenue…

 

Mais si vous voulez avoir des nouvelles de la Reine, il suffit de demander aux Elfes. Vous les entendrez vous murmurer à l’oreille, pendant votre sommeil, qu’ils l’ont quelquefois aperçut, dansant au milieu des bois.

 

Ils vous conteront aussi qu’elle semblait radieuse et heureuse dans sa nouvelle vie. Mais si vous apercevez le reflet de ses yeux clairs, vous y verrez peut être, le souvenir du Prince, qu’elle avait jadis chéri…

Et, que peut être, elle attend qu’il trouve le chemin pour venir la rejoindre…

 

Et dans la complainte du vent, sur les plaines s’élevant, c’est le chant désespéré d’une Reine… que vous entendez peut être.

 

 

 

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