La Clef... des Anges

Ce soir, une fois de plus,
Le clair de lune
fait pleurer Pierrot.

Il a perdu l'éclat d'opaline
de son regard pur,
et lorsqu'il baisse les yeux,
vers notre bulle bleue,
il n'aperçoit sur les lacs gelés
et les océans salés,
que le reflet des Polichinelles.

Et Pierrot, désabusé, se tait.
Il ne chante plus ; il a cassé sa mandoline.
Sa belle robe blanche est toute tâchée.
Et dans le silence résigné,
le visage au creux de ses mains,
baignées de larmes,
Pierrot reste muet.

Et moi, la Femme, Mère et Soeur,
Je hurle à la nuit.
Je hurle :

Au nom de tous les Papillons,
aux ailes arrachées...

Au nom de tous les petits chaperons,
égarés sur le chemin,
et du Petit Poucet, affamé,
empoisonnés par les amanites
du Grand Méchant Loup.

Au nom des mains gantées de blanc de Blanche Neige,
et du Prince déchu, qui ne viendra plus...

Au nom de la pureté assassinée de tous les 'simplet'...

Au nom de la Fée Carabosse,
qui a perdu sa bosse.
Et aussi pour le pain d'épice,
qui n'est plus un délice.

Et surtout, pour la Clef des songes,
volée aux Anges...

Et, je prie pour qu'aucun autre chérubin encor'
n'entende les accords
de la mélodie du Joueur de Flûte...

Mon coeur hurle et je voudrais cracher à la face
de cette face obscure, là où se distille
le venin de la bassesse humaine,
se nourrissant d'innocence et de misère.

Oui, je voudrais cracher mon amertume,
comme si elle pouvait dissoudre
la malice de ces faux épouvantails.
Les dissoudre en particules...

Comme je voudrais chausser mes bottes de sept lieux.
Comme je voudrais les labourer,
de mes pieds nus s'il le fallait,
ces champs de plants venimeux.
Mais, je ne suis pas Dieu.
je ne suis qu'une Femme.
Une miette d'Enfant...

Et je ne peux, emportée par ma plume,
rageuse,
que laisser s'étaler sur le papier,
qui crisse,
les paroles de ma révolte...

Et prier pour sécher les larmes de Pierrot.


LA RAGE DE VIVRE

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